Dans un monde obsédé par la technologie, la croissance verte, les voitures électriques et les énergies renouvelables, rares sont les voix qui appellent à la lucidité matérielle et à la sobriété. Parmi elles, Aurore Stéphant, ingénieure géologue minière, se distingue comme l’une des expertes françaises les plus rigoureuses et pédagogues sur les impacts réels de l’extraction minière et les limites physiques de notre modèle industriel.
Depuis plus de dix ans, elle mène enquêtes de terrain, évaluations techniques, conférences, et dénonciations publiques des mécanismes d’occultation qui entourent la face cachée des technologies vertes. Ce portrait vous propose un voyage dans son parcours, ses thèses, ses convictions, et la raison pour laquelle son message est plus crucial que jamais.
Qui est Aurore Stéphant ?
Aurore Stéphant est diplômée de l’École Nationale Supérieure de Géologie (ENSG) de Nancy (promotion 2009), l’une des plus prestigieuses écoles d’ingénieur en géosciences de France. Très tôt, elle s’est spécialisée dans la géo-ingénierie minière et la gestion des risques environnementaux post-exploitation.
Elle a commencé sa carrière au BRGM / Geoderis, établissement public d’expertise sur les risques liés aux anciens sites miniers en France. Elle y a évalué les dangers de stabilité, pollution, drainage acide et radioactivité dans des dizaines de sites industriels laissés à l’abandon.
Après 2018, elle rejoint la Responsible Mining Foundation à Lausanne (Suisse), où elle travaille sur l’évaluation de la gouvernance environnementale et sociale des plus grandes compagnies minières mondiales. Enfin, en 2019, elle consacre pleinement son temps à SystExt (Systèmes Extractifs et Environnements), collectif d’experts qu’elle a cofondé.
SystExt : l’éthique de l’ingénieur
Le collectif SystExt se compose de professionnels des industries minières qui ont choisi de dénoncer les dérives systémiques de l’extraction minière mondiale. Loin d’être des militants “anti-tech”, ce sont des ingénieurs, scientifiques, experts du terrain, qui appellent à une prise en compte lucide des réalités géophysiques, économiques et sociales.
Aurore Stéphant y occupe un rôle central : elle a conduit plus de 100 enquêtes terrain, en France comme à l’international, pour documenter les impacts sanitaires, environnementaux et géopolitiques de l’exploitation de ressources comme le cuivre, le lithium, le cobalt, le nickel, les terres rares, ou encore l’uranium.
La crise minérale de notre temps
Une extraction en explosion
Selon les données analysées par Stéphant, entre 2002 et 2015, un tiers de tout ce que l’humanité a jamais extrait a été prélevé du sol. Ce rythme continue d’augmenter : en 2025, on extrait 92 milliards de tonnes de ressources naturelles par an, dont une large partie est minérale.
Cette frénésie s’explique par la dépendance de nos sociétés à des infrastructures complexes : voitures électriques, smartphones, éoliennes, data centers, etc. Ces systèmes nécessitent des dizaines de métaux différents, parfois rares, souvent très dispersés dans la croûte terrestre.
Des teneurs en berne
L’un des constats majeurs qu’elle met en avant est que les teneurs en métal dans les minerais baissent : autrefois on extrayait du cuivre à 8 % de concentration, aujourd’hui à 0,5–1 %. Cela signifie qu’il faut déplacer 100 à 200 fois plus de roche pour extraire la même quantité de métal.
Plus la teneur baisse, plus on consomme d’énergie, plus on génère de déchets, plus les impacts sur l’eau, l’air et les sols augmentent.
Voiture électrique : la face cachée
Aurore Stéphant est devenue célèbre pour avoir mis en lumière les illusions de la voiture électrique.
Si ces véhicules ne produisent pas de CO₂ à l’usage, leur fabrication requiert d’énormes quantités de métaux (lithium, cobalt, cuivre, nickel, graphite, etc.). Ces matières sont extraites dans des conditions désastreuses : travail des enfants en RDC, assèchement des nappes au Chili, rejets toxiques en Indonésie…
Ainsi, dit-elle, la voiture électrique n’est pas “zéro émission” : elle déplace simplement la pollution loin de nos yeux, dans les pays producteurs de minerais.
Jancovici et la transition énergétique
Souvent associée à Jean-Marc Jancovici, avec qui elle partage des analyses complémentaires, Aurore Stéphant insiste sur un point fondamental : les lois de la physique et de la géologie ne négocient pas.
Elle reprend le raisonnement du Shift Project ou de la Fondation Jean Jaurès : pour faire la transition énergétique sans explosion de l’exploitation minière, il faut diviser par 4 notre consommation d’énergie et de matériaux.
Réparer, réutiliser, ralentir
Face au mythe du recyclage total (qu’elle qualifie de “solution de confort pour éviter de changer nos modes de vie”), Stéphant préconise une hiérarchie d’actions :
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Réduire la production d’objets superflus ou obsolescents.
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Réparer durablement les biens existants (électroménager, électronique).
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Recycler seulement en dernier recours, en acceptant les pertes inhérentes aux processus actuels (le recyclage n’est jamais à 100 %).
La mine, plus polluante que l’aviation
Les données sont claires : l’industrie minière est responsable de 4 à 7 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Elle est aussi :
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Le premier producteur de déchets solides (jusqu’à 60 % dans certains pays).
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L’un des principaux consommateurs d’eau douce.
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Une source majeure de pollution acide des sols et des nappes.
Vie privée : discrétion assumée
Sur les moteurs de recherche, beaucoup s’interrogent sur l’âge, la taille ou la vie personnelle d’Aurore Stéphant. Mais contrairement à de nombreuses figures médiatiques, elle reste très discrète sur ces éléments.
Tout ce qu’on peut dire, c’est qu’elle serait née vers le début des années 1980, ce qui la placerait aux alentours de 40-45 ans. Elle n’évoque jamais ses proches, ni son quotidien. Ce silence volontaire met l’accent sur le fond de ses engagements, plutôt que sur sa personne.
Prises de parole remarquées
Thinkerview (2023)
Sa vidéo « Effondrement : notre civilisation au bord du gouffre ? » est devenue virale. Durant deux heures, elle y détaille avec une clarté pédagogique rare l’état du monde minier et ses conséquences.
L’ADN (2022)
Dans l’article « On ment aux jeunes générations », elle dénonce l’injonction faite aux ingénieurs de construire une transition impossible avec des ressources matérielles qui s’épuisent.
Conférences (2020–2024)
Elle intervient à l’Université de Lausanne (UNIL), l’IUCN, l’USI, l’INSA, Polytechnique et bien d’autres institutions, où ses présentations suscitent une prise de conscience immédiate chez les étudiants et chercheurs.
Enjeux humains et géopolitiques
La transition numérique et verte génère des zones de conflit, du travail forcé, des déplacements de populations, et de profondes injustices Nord/Sud.
Elle souligne que l’Europe a « fermé ses mines, mais continue d’acheter des minerais à bas coût en Asie, en Afrique ou en Amérique latine, en externalisant ses impacts. »
Le futur : mines sous-marines et dans l’espace ?
Le plus inquiétant, selon elle, est que face aux pénuries croissantes, certains envisagent des mines dans les grands fonds marins, voire dans l’espace.
Ces solutions ultra-techniques, loin de résoudre le problème, aggraveraient les déséquilibres environnementaux, en s’attaquant à des écosystèmes fragiles et inexplorés.
Conclusion : Le choix de la sobriété
Aurore Stéphant ne propose pas une société sans métaux, ni un retour à l’âge de pierre. Elle appelle à redéfinir nos priorités :
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Réserver les métaux critiques aux usages réellement vitaux (santé, mobilité collective, infrastructure).
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Sortir du paradigme de croissance verte illimitée.
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Refonder nos modes de production sur la durabilité, la réparabilité et la frugalité choisie.
Son discours est exigeant, parfois dérangeant, mais fondamentalement porteur d’avenir : il nous invite à nous réconcilier avec les limites du monde réel.
