Anthony Cheylan incarne une trajectoire hors norme, qui fait le pont entre la culture urbaine et les stratégies digitales les plus pointues, tout en réinventant l’expérience médiatique. Né en 1983 à Port-de-Bouc, cité ouvrière située à une trentaine de kilomètres de Marseille, il débute comme rappeur et animateur de freestyles avant de se former au management culturel. Sa carrière le mène successivement chez Sony Music, Because Music et Canon France, puis à la co-fondation de la newsletter Curaterz et enfin à la refonte éditoriale et au lancement de Clique TV sur Canal +. À chaque étape, Anthony allie exigence artistique, sens du récit et vision business, donnant naissance à des formats inédits et marquant durablement les secteurs de la musique, du brand content et de la télévision numérique.
Enfance et premiers pas dans l’écriture
Issu d’une famille métissée (paternité grecque, maternité vietnamienne), Anthony grandit dans un appartement modeste où l’on échangeait les rares cassettes audio de rap importé. Dès l’âge de dix ans, il noircit cahiers et carnets de poèmes et de premiers textes, puis s’essaye au rap sous l’influence des pionniers américains et français qui circulaient sous le manteau. Port-de-Bouc, marquée par la pollution et le chômage, forge sa détermination : l’écriture devient un exutoire, un moyen de donner un sens et une voix à son environnement.
Plongée dans la scène hip-hop marseillaise
À 15 ans, grâce à la radio pirate Génération 88.2 et aux ateliers de La Friche de la Belle de Mai, il découvre la dimension collective du hip-hop. Il rencontre Keny Arkana et DJ Truk, avec qui il fonde le collectif Mars Patrie – rebaptisé État Major –, enchaînant sessions studio, freestyles radio et premières maquettes autoproduites. Ces expériences l’enseignent à concilier exigence artistique et esprit collaboratif, tout en l’initiant à la production de terrain : choix de beats, enregistrement à l’heure, mixage sommaire.
Formation académique et ouverture sur le management culturel
Malgré ses allers-retours entre studio et atelier graff, Anthony cartonne à l’école. Après un bac scientifique et deux années de classe préparatoire économique et commerciale, il intègre Kedge Business School à Marseille, où il se spécialise en marketing digital et management culturel. Cours de business models, études de marché, conduite de projet et négociation de licences musicales deviennent ses outils : il y forge la méthode pour transformer une passion en profession.
Rédacteur et rappeur : la double casquette
Dès 2005, il mène de front des piges dans Rap Mag et d’autres webzines tout en poursuivant son parcours de MC. Critiques d’albums, portraits d’artistes underground et comptes rendus de battles rythment ses nuits. Cette immersion éditoriale lui offre un précieux aperçu des coulisses médiatiques : angle rédactionnel, deadlines, relations presse. Il apprend ainsi à « traduire » le langage des majors aux rappeurs DIY, et vice-versa, devenant un pont entre création et diffusion.
Sony Music France : imaginer le monde post-CD
En 2007, Anthony rejoint Sony Music France comme chef de projet digital. À l’aube du MP3 et des plateformes P2P, sa mission consiste à bâtir le catalogue légal, négocier licences et agrégateurs, et piloter les premières campagnes promotionnelles online : teasers vidéo, mini-documentaires making-of, widgets de streaming sur blogs et premiers réseaux sociaux. Son regard croisé artiste/gestionnaire lui permet de proposer un modèle hybride convaincant, où CD physique et formats numériques cohabitent intelligemment.
Because Music : l’urban music réinventée
En 2009, il intègre Because Music, label indépendant parisien, comme chef de projet pour Sefyu, Médine et Keny Arkana. Il orchestre le « phasing » marketing : teasers street-marketing, sorties de singles, clips viraux, showcases intimistes. Chaque lancement devient une narration en plusieurs actes, construite autour de l’authenticité de l’artiste : des cassettes customisées distribuées en boucles, des pochoirs collés sous le manteau, des rencontres digitales avec les fans. Cette approche permet à Because de se démarquer des majors tout en atteignant des résultats commerciaux significatifs.
Canon France : quand la tech rencontre l’art de rue
En 2012, Anthony rejoint Canon France pour piloter le digital sponsorship. Il imagine des opérations mêlant ateliers photo de rue (Street Photo Lab), mini-docu 4 K sur le tournage de clips, partenariats avec festivals hip-hop et expositions urbaines. Il conçoit une stratégie de brand content fondée sur la mise en récit de la création visuelle, renforçant la proximité de Canon auprès des créatifs de 18-30 ans et générant un bond significatif de notoriété sur les réseaux.
Curaterz : la curation culturelle repensée
En 2014, il co-fonde Curaterz, newsletter gratuite aux « 100 % imprévisible, 0 % bullshit ». Chaque jour, 7 curateurs sélectionnent un album, une expo, un livre, une appli ou un film hors des radars traditionnels. Curaterz sert aussi de label conseil, proposant audits éditoriaux, workshops de curation et production de séries vidéo pour des marques en quête d’authenticité. Le succès est rapide : taux d’ouverture supérieur à 40 %, partenariats avec maisons d’édition et festivals.
Clique & Clique TV : la révolution média
Réinvention digitale (2016)
Mouloud Achour le recrute pour repenser Clique (web magazine et chaîne YouTube). Comme rédacteur en chef, Anthony restructure la grille : enquêtes sociétales, interviews longues, mini-documentaires immersifs. Il lance des formats phares (« In the Streets with… », « Digital Nomads ») et y intègre des sponsorisations sur mesure, sans brider la ligne éditoriale.
Passage à l’antenne (2018)
En 2018, Clique devient Clique TV sur Canal +. Anthony pilote l’adaptation : habillages, jingles, formats courts pour les réseaux et longs pour la diffusion broadcast. La stratégie « YouTube-first » (clips de 30 s pour Instagram/TikTok, épisodes de 5 min sur YouTube) propulse la chaîne à 1,3 million d’abonnés et lui vaut le Grand Prix CB News du « Meilleur usage des réseaux sociaux par un média ».
Style éditorial et méthodes de travail
Au cœur de ses succès :
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Storytelling immersif : privilégier le récit plutôt que l’information brute.
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Formats hybrides : mélange de micro-reportages, d’interviews et de capsules virales.
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Authenticité assumée : laisser transparaître l’imperfection, rendre visible le processus de création.
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Alliances intelligentes : intégrer le sponsoring sans sacrifier la pertinence culturelle.
Ses équipes travaillent en mode agile : pitch sessions hebdomadaires, prototypes rapides, tests A/B sur les réseaux, ajustements constants en fonction des données d’engagement.
Engagement sociétal et valeurs personnelles
Anthony met son influence au service de causes sociales :
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En 2016, il signe une tribune contre les clichés anti-asiatiques à la télévision française.
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En 2020, après un accident vasculaire cérébral léger, il partage son témoignage pour sensibiliser au dépistage et à la prévention.
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Père d’un petit garçon, Léo, né en 2021, il prône l’équilibre vie pro/vie perso : rituels musicaux en famille, déconnexion digitale le week-end, ateliers créatifs parent-enfant.
Freelance et nouveaux horizons (depuis 2022)
Début 2022, Anthony quitte Clique TV pour se lancer en indépendant :
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Stratégie éditoriale : audits, calendriers de contenu, optimisation SEO/social media.
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Brand content : conception de capsules vidéo, podcasts, mini-séries pour marques et institutions culturelles.
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Formations et workshops : storytelling numérique, animation de communauté, data au service de la création.
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Coaching d’artistes : construction d’image, monétisation de la fanbase, développement visuel cohérent.
Son portefeuille mêle labels indés, startups, festivals et groupes du CAC 40 cherchant à insuffler un esprit street-culture dans leur communication.
Chiffres clés et distinctions
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1,3 million d’abonnés YouTube pour Clique TV
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Grand Prix CB News 2020 du meilleur usage des réseaux sociaux
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Curaterz : 50 000 abonnés, taux d’ouverture moyen 45 %
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Albums Because Music certifiés or et platine sous sa conduite de projet
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Canon France : + 30 % de notoriété auprès des 18-30 ans
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Podcast « AVC : j’y suis passé » : 10 000 écoutes en 3 mois
Perspectives et projets à venir
Anthony Cheylan poursuit plusieurs chantiers :
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Internationalisation de Curaterz (versions anglaise et espagnole, partenariats éditoriaux à New York et Bogotá).
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Plateforme de podcasts long format dédiée aux figures oubliées de la culture urbaine.
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Documentaire sur la renaissance du jazz-hop aux États-Unis et en France.
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Workshops « Storytelling responsable » pour sensibiliser marques et médias aux enjeux d’éthique, de diversité et d’empreinte environnementale.
Conclusion
De ses premiers textes griffonnés dans sa chambre de Port-de-Bouc à la création d’un média pluriplateforme visionnaire, Anthony Cheylan a toujours placé la créativité au cœur de sa démarche, sans jamais renoncer à la rigueur méthodologique. Son parcours démontre que la rencontre entre culture de rue et stratégie d’entreprise, entre authenticité artistique et exigences digitales, est la clé pour inventer des formats médias et des marques à l’écoute des attentes d’aujourd’hui et de demain. Toujours en quête de nouveaux terrains d’expression, Anthony reste un passeur entre mondes, un pont entre les aspirations populaires et les stratégies globales, un bâtisseur de récits à 360 °.
